La Veuve Joyeuse
Opérette de Franz Lehar

 

Saint-Etienne
29 et 31 décembre 1999 - 2 et 4 janvier 2000
Vichy  22 janvier 2000

Presse et Photos

 




Heure exquise

"L'opérette de Franz Lehar a trouvé en Alain Germain un metteur en scène dont les images mériteraient d'être définitives. Le luxe esthétisant de La Veuve joyeuse, présentée samedi à Vichy, a fait rêver un Opéra rempli aux fastes de la cour. Devant tant de magnificence visuelle, l'histoire de la veuve qu'on veut marier tout en préservant sa fortune en deviendrait presque accessoire.

Il en est de certaines pièces du répertoire musical comme de quelque ensemble de peinture monumentale : on pense lui rendre un peu de son lustre perdu en le dépoussiérant, et on se retrouve à entreprendre un travail de restauration totale.
Alain Germain et l'Esplanade Saint-Étienne Opéra ont choisi d'en retrouver l'essence en débarrassant minutieusement La Veuve joyeuse des vernis qui l'avaient progressivement éloignée de l'oeuvre de Franz Lehar.

     
 
Sans les couches successives d'enduits qui en faisaient une pièce comique mais sans délicatesse, La Veuve joyeuse de l'Esplanade Saint-Etienne s'est montrée, samedi à l'Opéra, à la hauteur de son sous-titre : "Quand l'esprit et l'élégance font de l'opérette un chef-d'oeuvre absolu". L'esprit et l'élégance sont ceux d'Alain Germain, auteur à lui seul de la mise en scène, des décors, des costumes et des chorégraphies (excepté le french cancan final, qui est dû à Laurence Fanon).
     
Le chef-d'oeuvre absolu est une opérette qui allie avec subtilité musique, chant, théâtre, danse et arts plastiques.
     


SOIREES LUXUEUSES

Les décors et les costumes, pour commencer, dorés et blancs, ont trouvé un écho immédiat dans l'Opéra de Vichy, un des rares en France à posséder une salle ivoire et or.

Des quelques lignes épurées mais étudiées de l'escalier (proche, en cela, du Corbusier), aux somptueux costumes s'inspirant à la fois de la haute-couture des années 20 et des modes de la Renaissance vénitienne (dans la deuxième partie), l'atmosphère raffinée de la bourgeoisie n'aurait pu trouver cadre plus propice à l'atmosphère luxueuse de ses soirées.

     

La mise en scène, authentiquement esthétisante, a mis en lumière le constraste qui éloigne cette Veuve joyeuse de ce que l'on attend habituellement d'une opérette. Lorsque le rideau s'est levé sur la première scène, la composition, très statique, où papillonnaient ça et là quelques éventails, n'était pas tellement éloignée des plans glacés proposés par certains cinéastes japonais.

     
Tout au long de la représentation, des images se sont ainsi superposées à celles d'Alain Germain, comme autant de réminiscences d'oeuvres d'art célèbres : la cour formée par les prétendants de la veuve Missia Paimieri (Anne-Marguerite Werster) est aussi hiératique qu'une toile pointilliste de Seurat, l'ambassadrice Valencienne (Sophie Marin-Degor) et Camille de Coutanson (Andreas Jäggi), sur le point d'entrer dans le pavillon, restent aussi figés que "Les Epoux Arnolfini" de Van Eyck, les coiffes fantaisistes dessinées par Alain Germain sont dignes d'un Piero della Francesca...
     
Autant de références qui hissent La Veuve joyeuse à un niveau de raffinement tel qu'il serait facile de s'en contenter, et de faire abstraction des musiciens (pourtant irréprochables sous la direction de Giuseppe Grazzioli) et des chanteurs, au premier rang desquels Anne-Marguerite Wester dans le rôle-titre, Jean-Marc Salzmann (Danilo) et Sophie Marin-Degor (Valencienne), qui composent admirablement avec une acoustique qui n'est définitivement pas propice aux voix.
     

UN FRENCH CANCAN POUR FINIR

Du hiératisme glacé du début à la débordante chaleur du french cancan final, La Veuve joyeuse de l'Esplanade Saint-Etienne a graduellement délaissé l'esthétisme froid et les costumes blancs pour l'univers des grisettes de Maxim's vêtues d'un rouge provocant. Comme quoi, même dans une version sophistiquée, le charme un peu désuet de l'opérette agit encore avec succès."

C.B.
La Montagne Centre France
 

 

 

 

Un régal pour l'oeil

La Veuve joyeuse à Saint-Etienne

"En choisissant de terminer l'année 1999 avec la fameuse opérette de Franz Lehar, l'Esplanade hors les murs a joué la carte des valeurs sûres en la matière.
Bien écrit pour la scène, malgré un premier acte un peu longuet, l'ouvrage offre un cocktail bien dosé de tendres mélodies et de couplets enlevés dont le pouvoir de séduction reste intact.

     
La force première de cette nouvelle production réside dans la vision scénique imaginée par Alain Germain, qui signe à la fois et avec infiniment de maîtrise, la mise en scène, les décors et les costumes.
Refusant la fidélité sourcilleuse comme la relecture facile, son travail déplace l'action en pleine époque de l'Art Déco mais lui conserve son panache, sa volubilité, son aisance et son chic.
     
Ce travail à la fois subtil et imaginatif, racé et drôle, sert particulièrement bien la partition de Lehar, par ailleurs très bien défendue par le jeune chef italien Giuseppe Grazioli, à la tête d'une solide formation ..."
     
Gérard Corneloup.  Le Figaro