| "Il
était une fois un homme de théâtre, poète
et comédien, curieux comme un savant, rêveur comme un
artiste, qui fréquentait les tréteaux mais adorait les
paillasses, et que tout le monde aimait beaucoup. Et on l'aimait beaucoup,
chez les auteurs comme chez les chercheurs, parce qu'il était
sans cesse animé du désir irrésistible de vouloir
faire partager ses intérêts, ses enthousiasmes et ses
passions, et parce qu'il avait toujours, dans sa transcription de
la réalité à la fiction, l'art surprenant de
mettre en valeur l'essentiel. |
| Il
s'appelait Germanius mais on l'appelait Alain et il vivait à
Paris, rue de Paradis, bien sûr. Un de ces jolis jours
privilégiés de rencontre entre les savants et
les artistes, il entendit avec émerveillement raconter
cette drôle d'histoire qui disait que son histoire à
lui, qui était évidemment celle des humains et
des préhumains, avait été aussi celle de
la Vie, celle de la Terre, celle des Etoiles et celle de l'Univers,
et qu'il suffisait de la raconter à l'envers pour raconter
l'Histoire, la grande Histoire, la seule, celle avec un grand
H et avec lui au bout. |

Le
spectacle |
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| Il
ne lui en fallut pas plus pour s'envoler dans l'imaginaire qui, comme
chaque fois, lui a tout de suite soufflé ce qu'il fallait en
retenir : que la dimension du temps était immense et cocasse,
car tout à la fois réelle et fugace, et que la plus
belle histoire du monde était étrange et paradoxale,
car tout à la fois, épique et romanesque.
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| Alors
il a cherché et vite trouvé comment se saisir
du temps et s'en jouer, comment s'y promener à loisir
et s'y arrêter où et quand bon lui semblait, comment
en suggérer la dimension extravagante en le mettant en
scène un jour d'anniversaire et comment en exprimer l'incroyable
magie, en faisant se vider de leurs collections de squelettes
et de naturalisations les galeries du Muséum National
d'Histoire Naturelle et en faisant se ranger ces collections
en une théorie tragique qui accompagne le couple de héros
s'évanouissant dans les brumes des horizons du fleuve. |

Les
toiles peintes |
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Coppensius, Alain, s'est régalé; il est d'abord suffisamment
cabot pour avoir adoré que tu le prennes pour personnage; il
est ensuite suffisamment sérieux pour avoir apprécié
que tu racontes sur des planches et puis dans un roman une nouvelle
fois mais d'une toute nouvelle manière son mythe à lui,
des origines, celui de la Science; il est enfin suffisamment ton Ami
pour te remercier affectueusement de lui avoir confié le bonheur
d'écrire ta première page."
Yves Coppens. Professeur au Collège de France |
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